1° Mars 2008

Les mots sont l’unique ( j’entends le seul recevable ) vecteur de transport de la pensée. Ils n’ont en vérité de sens que par ce qu’elle imprime en nous de réactivité, immédiate, épidermique, indélébile. Contrairement au geste, à l’acte, qui  n’est que le prolongement ponctuel de la pensée et qui donc ne saurait perdurer au delà de l’accomplissement. Le mot, lui, véhicule dans son sillage la fulgurance de l’émotion et le spectre entier de notre imaginaire. Il est trace, poids, marque, il élève ou assassine. Ecchymose, délivrance, doux remède et poison, c’est selon. Réceptacle vide ou simple refuge que chacun s’emploie à remplir de ce qu’il considère sa définition propre de la vérité. Opposer la sensibilité du lecteur à la nôtre en lui signifiant notre pensée, c’est bien attribuer au mot son sens. Prestement, la mémoire efface le grain d’une peau sous le doigt, le timbre d’une voix, la brûlure de la gifle sur la joue, le plaisir de la satiété du nouveau-né. Longtemps, du mot, elle garde le parfum enivrant ou l’odeur nauséabonde.

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