5 Août 2009

Sacha refermait en hâte la porte derrière elle, laissant au couloir le brouhaha des allées venues qu’elle savait ne pouvoir contenir. Chaque bruit plantait dans la paroi qui la séparait du reste les clous de l’évidence. Elle ne serait jamais vraiment seule.

 Elle avait bien songé au meurtre, parfois, dans ces instants de colère, quand l’irrépressible besoin de s’isoler avec Lui, aussitôt avorté par la présence involontaire des autres occupants de la maisonnée, explosait chaque pore de sa peau jusqu’à la déchirure. On ne tue pas un intrus par amour pour un autre, non.

 Sa conscience chahutée se rabattait alors sur leur inespérée et soudaine disparition. Dans quelque trou noir, par exemple, s’ouvrant subitement sous leurs pieds avant qu’ils n’aient eu le temps de s’introduire dans sa chambre-bulle. Sphère damnée, fragile, éphémère, théâtre maudit de sa passion. Son ventre de mère encore tout gonflé d’amour, finalement, tolérait mieux cette éventualité. Ou cette autre qui eut convenu  qu’ils n’avaient tout bonnement jamais existé.

Voilà. Ils n’existaient pas. Ni cet homme qu’elle adorait encore pourtant. Ultime et absurde glissement du cœur.

Sacha n’était plus ni mère ni épouse.

Elle ne le pouvait plus.

Son être entier avait aboli et la peur et le temps et ne répondait désormais qu’à une seule logique, celle-là même qui des années plus tôt l’avait amenée à Lui, propulsant chacun des ses atomes à des centaines de kilomètres loin des siens, au bord du vide. Se retrouver oui, ou se perdre tout à fait. Etre avec lui et ne plus être que cela. Qu’importe la manière dont il la désirait.

 

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