22 Octobre 2009

22 décembre, 2016

Compte les kilomètres qui séparent les peaux compte Maitre au talon compte Moi qui ne sait plus marcher je souffle dans ta bouche l’argile de ton pas, les ors de l’orgasme et les rubis de chair au bout du fil qui rapprochent nos voix et les éclats de nacre qui bordent nos intimes ruisseaux et le précieux déclin des sens Recouds tes poches faisons le plein de nos riens et la nique au manque vampire satin ruisselant sous la houle de la main fouissant jusqu’au séisme Rage dedans l’écume elle a gonflé ma voile et hissé ton mât Toi qui touchais encore moi hier du bout du bout du doigt, là, sur la carte de mon ventre aux abois en haut en bas scotchée au mur froid je buvais la lascive parole Sésame ouvre toi.

Vous avez demandé le ciel, ne quittez pas

 

23 Novembre 2008

22 décembre, 2016

Pour tes regards mouillant, ta gorge qui se noue

Ta tendre bouche qui ment et qui dévore mon ventre

Tes sourires pâlissant quand la lumière floue

Pose son voile humide et que je te dis  » Entre »

Je t’aime. Pour cette queue, ce pèlerin bâton

Que tu plantes au marais d’autres cuisses et Dociles

Tandis que je voudrais , sublime déraison

Avancer sans tomber et caresser ton Fil

Divin. Ma nuque soumise à tes mains interdites

Brûlante sous l’ombre froide de ton charmant fantôme.

Pour ce cri poussé du tréfonds de ta Fuite

Quand le plaisir pissé, tu gémis comme un môme.

Je t’aime pour la fièvre qui court dedans mes veines

Pour tes nons, pour tes ouis, tes  » Encore ! « , tes  » Fini ! « .

Et ce chant murmuré pour que la vague vienne

Le flux et le reflux, ton Absence et ta Nuit.

 

24 Juillet 2008

22 décembre, 2016

Paris Nord, 15 heures 30.

La gare est noire de monde. Elle se hâte. Le tgv est double, sa rame est en bout de quai, voiture 7 en tête de convoi. Voiture 7, place 32. L’annonce de départ imminent ne lui laisse plus le temps. Elle s’engouffre dans le wagon avant que le système de protection des portes ne l’abandonne à la fourmilière. Voiture 6. Qu’importe. Elle vient de repérer deux sièges vides. A peine installée. Un couple de voyageurs passablement agacé se penche au dessus de son épaule pour lui signaler que les places 53 et 54 figurent sur leur billet de réservation. Coup d’oeil rapide. Une place vacante juste à sa gauche. Un homme occupant la place couloir. Je vous prie de m’excuser, je n’avais pas le temps de vérifier le numéro. Sourire circonstanciel grimaçant pour seule réponse à ses excuses, elle change de place. Cette place est libre, n’est ce pas ? Elle l’est.

Le visage de cet homme, elle n’y a pas prêté attention.  Aussitôt assise, elle fait basculer le repose-pieds, réajuste sa jupe et ouvre sa revue. L’accoudoir central est étroit et ne lui laisse que peu d’espace pour y reposer l’avant bras. Le sien à lui y est déjà posé. Robuste, aux poils épais et pourtant soyeux. Léger mouvement de recul , elle ramène instinctivement le bras sur sa cuisse.

L’homme semble angoissé. Il ne cesse de souffler et de faire courir ses doigts sur la couture extérieure de son jean. Elle feint de ne pas remarquer, les yeux rivés sur la page qu’elle ne lit pas. Elle attend qu’il cesse de tapoter des talons nerveusement. Elle tourne la tête et lui murmure  » Vous allez bien ? « .

 » Il fait chaud  » lâche-t-il d’un ton dont elle ne sait que retenir. Gêné pense-t-elle. Son visage n’est pas laid. Cheveux courts et yeux clairs, mouillés de sueur. Il ne porte pas de parfum. Elle croise son regard et instantanément le fuit. Elle se rappelle, avant de s’asseoir, lui avoir tourné le dos pour se frayer un passage jusqu’à son siège, lui laissant ainsi l’image d’une paire de fesses à hauteur  de nez.

La position n’est guère confortable, la revue entrouverte sur ses cuisses pousse des petits crissements désagréables à chaque page qu’elle tourne. Elle décide de reinstaller son bras sur l’accoudoir. La main épaisse de l’homme à son contact se crispe sur le velours chaud. Tête légérement inclinée , il laisse, elle le sait, glisser ses yeux sur le côté pour observer la courbe des jambes sous la jupe. Du coin de l’oeil, elle aussi imagine les jambes sous la toile de jean et se demande si leur contact serait aussi agréable que celui de cet avant bras étranger.

 Dans une pression à peine perceptible, les soubresauts du wagon font les peaux tantôt se toucher,tantôt s’éloigner. Il semble apaisé à présent. Amusé aussi sans doute. Il caresse l’accoudoir de bas en haut en prenant soin de frôler, de goûter, de sentir le grain de peau se gonfler. Elle le laisse faire en fermant les yeux derrière la verre de ses lunettes. Elle tourne les pages en croisant et décroisant les jambes. Ils devinent la chaleur qui maintenant s’installe au creux de leur ventre. Ce pincement étrange et enivrant, ce délicieux engourdissement du laisser faire-aller, du laisser aller-faire. Régulièrement, il repose ses mains à plat sur ses cuisses et griffe la toile en soupirant tout bas. Régulièrement elle redresse la tête et s’attarde sur le voyant éteint des toilettes. Ils attendent que l’une ou l’autre se lève pour chercher l’isolement.

Le train entre en gare. Il se lève. Elle relache l’étreinte et referme la revue qu’elle n’a pas lue. Il la regarde et d’un hochement de tête lui dit Viens, Descends avec moi. Elle baisse les yeux qu’elle plonge dans la vitre sale du siège fenêtre n°49.

Trois minutes d’arrêt. Le temps pour lui de traverser le quai. Le temps pour elle de commencer sa lecture.

 


26 Novembre 2007

22 décembre, 2016

Quoi de plus effrayant que de vouloir regarder au dedans de soi? S’arrêter, faire taire l’heure, tuer le vide autour et plonger le regard comme l’eut fait le chien le nez dans sa pâtée. Le cliquetis du clavier en fond sonore , seul écho aux mots jetés sur l’écran, indolores désormais croirait-on , puisqu’à présent détachés de moi, rattachés à la ligne, au flot qui enfle. Abandon verbalisé. Voyons ce qu’il emporte. Si tant est qu’il soit assez puissant pour charrier un tel amas de cailloux. Monstrueuse vase du quotidien que chacun essaie de fouler d’un pied qu’il voudrait léger. Rien n’est moins pareil à hier que le jour dernier.Se coucher. Enfin. Chasser la dernière image… sourire offert par l’enfant,  vous arrachant les tripes.Ultime grimace du remords crachée, la gueule dans l’oreiller. Epuisé. Tant d’efforts à ne plus se vouloir être. Attendre les yeux clos, bouche ouverte, mains croisées tel un gisant dedans ses draps de pierre. Du vieillard mourant, prendre la pose. Morne repos. Baillonner sa pensée, la renvoyer à l’Ombre. Plonger les ongles dans le coeur du silence anesthésié qui n’en finit jamais pourtant, jamais de battre aux tempes l’incessante injure. Qu’as tu été ce jour que tu ne haisses pas ?

28 Décembre 2010

22 décembre, 2016

Par cœur elle aurait dû apprendre la scène. Soigner son entrée avant que le rideau ne tombe, elle qui n’avait toujours voulu qu’étreindre un fantôme, et caresser le songe au fond de la coulisse. Et quand il l’appela un matin d’Octobre – « Je suis là » lui avait-il dit – toute affairée et confuse de ne pas lui être plus disponible, elle le remercia de sa «  si précieuse attention  »

 « C’est une gentille pensée, mon cœur, merci d’avoir appelé »

Leurs conversations étaient suffisamment rares pour imaginer qu’il puisse à cet instant se trouver ailleurs qu’au téléphone, à des centaines de kilomètres d’une journée qui s’annonçait pareille à toutes les précédentes. Ces trois mots, pourtant, avaient fait poindre en elle le même trouble que lorsqu’il lui écrivait son amour. Un curieux mélange d’émoi et de doute. Le second appel, un peu plus tard dans la journée la laissa pantelante. « Je suis là »

Il était venu jusqu’à elle et elle recevait la nouvelle avec la même effroyable résignation qu’une annonce de fin du monde. Le leur, pensa-t-elle, en barbouillant ses lèvres de rouge devant son miroir.

Lorsqu’elle aperçut, loin derrière la vitre du pare-brise, sa silhouette fière, mains dans les poches, elle devina un sourire moqueur qu’elle se jura de mordre dès le premier baiser. Dieu qu’il était beau ! Cet homme qui la prenait par la taille comme on cueille le fruit ! Elle se contenta de poser la tête sur sa poitrine en respirant très fort tandis qu’il refermait sur elle ses bras. Inspiration profonde, pour de sa peau arracher le parfum qu’elle avait si souvent cherché entre ses cuisses une fois son désir de lui repu.

Elle ne retrouva rien de cette odeur et aspira au trou et à la terre qui feraient disparaitre au plus vite l’idiote.

28 Novembre 2007

21 décembre, 2016

Il n’y a plus rien. Et quand ce rien vient à occuper chaque centimètre de l’espace, il vide ce qui a été de tout son sens. Il asphyxie. Condamne toute issue. Comment concevoir que ce qui ne peut perdurer puisse avoir réellement existé ? Je voudrais encore pourtant plonger mon regard dans ses yeux et me sentir vivante. Pourquoi en suis-je aujourd’hui incapable ? Je veux fuir ce qui est lui,ce qui fut nous, sans cependant parvenir à m’y résoudre. L’échec, à présent, semble transpirer dans chaque geste, chaque mot, chaque élan, avec une évidence effroyable.Comme s’il avait toujours été. Sans doute. Aurions-nous donc de ce fait rêvé cet amour plutôt que de l’avoir touché du doigt ? Nous sommes nous tout ce temps cherchés plutôt qu’appris ? Orgueilleux. Décidés. Combatifs.Fatigués maintenant. Lessivés. Les mains vides, implorantes, la gorge nouée par le reproche, la bouche au sourire éteint, grimaçant de ses silences. Qui n’en finissent plus de vouloir hurler «  Ne vois tu donc pas mon amour ? il n’y a plus rien ! ».

 

 

29 Décembre 2007

21 décembre, 2016

Fantaisie désordonnée ou profond ancrage affectif? Comment qualifier cette étrange dynamique qui nous  fait tisser avec cet autre dit  »virtuel » des liens plus ou moins stables,plus ou moins bruyants, plus ou moins étroits? Qu’est ce qui détermine dans l’interaction de deux êtres par définition « désincarnés » le sentiment élémentaire d’attraction, le besoin quasi instinctif de s’investir dans la relation? L’attachement. Ce besoin d’appartenance et de possession. Que nous soyons en situation de vulnérabilité, d’attente, de conflit, de doute, d’anxiété, ce besoin-là de sécurité à travers cette personne existe effectivement, indubitablement. A partir de quel moment peut-on considérer avoir quitté le cadre de l’imaginaire, de la fiction, de l’illusion pour entrer dans celui du réel, du palpable, du quantifiable? Peut-on appeler passion cette ivresse folle,ce merveilleux déclin de la raison, ce délicieux déchaînement des sens dès lors qu’il n’a pas quitté les sphères du possible pour entrer dans celui du vécu ? Il n’est en vérité pas d’antagonisme entre ce que l’on nomme le Réel et le Virtuel. Ces deux notions sont d’évidence intimement imbriquées tels des vases communiquants tantôt se vidant tantôt se remplissant par le seul lien de la charge émotionnelle. Il n’est pas d’objet qui nous écarte totalement de l’image. Il n’est pas d’image qui  ne présuppose d’objet.

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